Pas des vacances

      L’usine s’est arrêtée lundi 16 mars et n’a repris que partiellement. Sur les 3 semaines et plus de confinement, payés au chômage partiel, la direction nous a pris 10 jours sur nos vacances.

     Au début du confinement, la manière dont nous allions être rémunérée n’était pas claire. Puis, les 25 et 27 mars, le gouvernement a fait passer des ordonnances réformant le code du travail, qui permettait notamment aux employeurs d’imposer congés payés et RTT aux salariés, sans prévenir à l’avance, jusqu’à la fin de l’année. C’est suite à cela que Michelin nous a pris des jours de congés, après un accord avec une partie des syndicats le 1er avril.

Méfiance pour l'avenir

      Les ordonnances du gouvernement permettent aussi aux patrons de nous faire travailler jusqu’à 12h par jour (au lieu de 10h auparavant), jusqu’à 60h par semaine, et de nous faire venir le dimanche…

Arrêt Coronavirus

     Nous avons appris lundi matin que l’usine serait à l’arrêt jusqu'à lundi prochain au moins.

     Mardi, quelques camions sont encore arrivés, mais il n’y avait qu’une dizaine de salariés présents à l’usine pour s'en occuper, et il n’y avait personne pour rechaper les pneus dans les ateliers. Seuls les pompiers vont continuer à travailler pendant le confinement pour assurer la sécurité.

     D’ordinaire, nous sommes 450 ouvriers à nous retrouver toute la journée les uns sur les autres, à se croiser dans les ateliers, vers les machines à café et dans les vestiaires. C’est bien normal de limiter les risques de contagion. Nous pouvons profiter de cet arrêt pour nous reposer, garder les enfants, et veiller sur nos proches.

Resistance patronale

     Lundi et mardi certaines entreprises, comme Amazon à Chalon sur Saône ou Big Mat à Avallon, avaient décidé de rester ouvertes. Il ne s’agit pourtant pas de secteurs vitaux.

     Aller travailler même à une dizaine alors que l’on sait que le virus se transmet par la proximité ça a de quoi inquiéter. Dans ces entreprises la direction avait par exemple mis en place des scotchs pour établir des distances de sécurité sur les postes et dans les salles de pause. Mais sans masques, ni gel hydroalcoolique beaucoup se sentaient en danger.

     A Chalon-sur-Saône les ouvriers ont demandé la fermeture de l’entreprise et 70 d’entre eux ont débrayé face au refus de la direction.

Chômage partiel et paye partielle

     Suite à l’arrêt de l’usine lundi, nous avons appris que nous devrions toucher le chômage partiel à la fin du mois. Mais combien est ce que cette paye va représenter ? Le délégué CFDT de l'usine disait à France Bleu Bourgogne mardi qu’un « décret » était mis en place par le gouvernement « pour passer de 84% du salaire net à 100% », « pour que les gens ne perdent pas d'argent ».

     Mais le décret du gouvernement ne concerne pas notre salaire : l’Etat s’est engagé à rembourser 100 % du chômage partiel au patron, c’est-à-dire que Michelin n’aura rien à dépenser pour nous payer. En ce qui nous concerne, cela ne change pas la somme qu’ils vont nous verser.

     A priori, nous ne toucherons que 84 % de notre salaire net, sauf si nous sommes payés au SMIC. Sans compter que, par rapport à notre fiche de paye ordinaire, nous ne touchons plus les primes, qui constituaient une partie importante de nos revenus.